Permaculture

La permaculture est souvent vécue comme une démarche, une philosophie. Le but est de prendre soin de la nature, des Hommes et de partager équitablement. La permaculture[1] est une méthode systémique et globale qui vise à concevoir des systèmes (par exemple des habitats humains ou des systèmes agricoles), mais cela peut être appliqué à n’importe quel système comme les monnaies locales ou l’enseignement en s’inspirant de l’écologie naturelle, du biomimétisme[2]. Ce n’est pas une méthode figée mais un « mode d’action » qui prend en considération la biodiversité de chaque écosystème. La permaculture ambitionne une production agricole durable, très économe en énergie, autant en ce qui concerne le carburant que le travail manuel et mécanique, et respectueuse des êtres vivants et de leurs relations réciproques, tout en laissant à la nature « sauvage » le plus de place possible. La notion de « design », c’est-à-dire la conception puis la réalisation, la maintenance et la réévaluation est au cœur de cette démarche entreprise individuellement ou collectivement. Dans cette dynamique le Réseau Fermes d’Avenir a publié un plaidoyer[3] « Pour une agriculture innovante à impacts positifs ».

Des détracteurs mettent en avant qu’il n’existe pas de viabilité économique des exploitations maraîchères en permaculture basée uniquement sur la vente de légumes en gros. En revanche, force est de constater que des modèles économiques viables font leurs preuves mêlant production, vente directe, transformation, accueil, formation et diverses autres prestations. Il y a sans doute là un modèle porteur de sens et d’avenir.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Permaculture

[2] Le biomimétisme désigne un processus d’innovation et une ingénierie. Il s’inspire des formes, matières, propriétés, processus et fonctions du vivant. Source https://fr.wikipedia.org/wiki/Biomim%C3%A9tisme

[3] https://fermesdavenir.org/fermes-davenir/pole-influence/plaidoyer

Agriculture de précision

L’agriculture de précision a débuté au milieu des années 1980 aux États-Unis et au cours des années 1990 en France. En couplant technologies[1] (géomatique, informatique, électronique) et agronomie, l’agriculture de précision apporte aux agriculteurs des solutions permettant l’amélioration des performances économiques et environnementales des productions. Elle facilite la réalisation des travaux grâce à un pilotage sur mesure intra-parcellaire et non standardisé. La maîtrise de la consommation de ressource (intrant, énergie, eau, finance…) afin de produire mieux est à la base de cette dynamique. Dit très simplement ; c’est la bonne dose, au bon moment et au bon endroit.

Les bénéfices attendus de l’agriculture de précision pour les agriculteurs sont entre autres :

  • un confort de travail amélioré ;
  • une montée en compétences en agronomie ;
  • une meilleure conduite des cultures ;
  • une meilleure compréhension du fonctionnement du couple sol-culture en lien avec la météo ;
  • des économies d’intrants qui, répartis plus judicieusement, sont mieux valorisés ;
  • une meilleure utilisation des intrants donc un moindre impact environnemental ;
  • l’amélioration de l’image du métier.

L’agriculture de précision se base sur :

  • la gestion parcellaire et intra-parcellaire ;
  • l’optimisation des rendements et des coûts de production ;
  • une meilleure prise en compte du contexte pédoclimatique (nature du sol et météo) ainsi que de la végétation.

Ce n’est certainement pas l’alpha et l’oméga de l’agriculture durable mais force est de constater que l’agriculture de précision offre des perspectives de performances nouvelles.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] https://beapi.coop/

Agriculture intégrée

L’agriculture intégrée[1] est une agriculture visant à minimiser le recours aux intrants extérieurs à l’exploitation agricole par la mise en œuvre d’une diversité d’ateliers de production, de rotations longues et diversifiées, de restitutions des résidus de cultures ou des déjections animales au sol. Leur mise en œuvre favorise le recyclage des éléments minéraux et la qualité des sols et réduit les problèmes liés aux ravageurs et aux maladies. En phase avec les principes de l’agroécologie, l’agriculture intégrée repose donc sur une approche globale ou systémique de la gestion des exploitations agricoles visant à organiser les interactions entre ateliers de production dans le temps et/ou l’espace (par ex. fourniture de protéagineux par le système de cultures au système d’élevage, et fourniture de fumier par le système d’élevage au système de cultures). Ainsi, la mise en œuvre d’une agriculture intégrée est favorisée par la polyculture-élevage. L’agriculture de conservation, déjà présentée, qui suppose des rotations diversifiées, un travail limité du sol et une couverture permanente du sol est un autre exemple d’agriculture intégrée.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/agriculture-integree/

agriculture à haute valeur environnementale

La haute valeur environnementale (HVE)[1] est une reconnaissance officielle créée par le Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt de la performance environnementale des viticulteurs et des agriculteurs. Elle s’appuie sur des indicateurs de performance environnementale qui portent sur l’intégralité de l’exploitation. La certification porte sur 4 critères : la biodiversité de l’exploitation (haies, bandes enherbées, arbres, fleurs, insectes…), le faible recours aux intrants phytosanitaires, aux engrais et la préservation de la ressource en eau. Ainsi, la pression des pratiques agricoles sur l’environnement (air, climat, eau, sol, biodiversité, paysages) est réduite au minimum. Le système d’évaluation possède 3 niveaux[2] mais la HVE correspond seulement au niveau 3. Il est applicable à tous types d’exploitation : agricultures spécialisées et polycultures. La HVE concerne l’ensemble de l’exploitation et porte uniquement sur les aspects environnementaux et non sur l’ensemble des trois piliers du développement durable.

La mention valorisante[3] « issue d’une exploitation de Haute Valeur Environnementale » peut être apposé sur les produits bruts et sur les produits transformés si ces derniers contiennent au moins 95% de matières premières issues d’exploitations de haute valeur environnementale. En juin 2018, 1015 exploitations sont reconnues HVE dont plus des 3/4 en viticulture. Cette certification a des détracteurs qui lui reproche, entre autres, d’être un « label » de plus et donc d’affaiblir les initiatives antérieures.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://agriculture.gouv.fr/la-haute-valeur-environnementale-une-reconnaissance-officielle-de-la-performance-environnementale

[2] https://hve-asso.com/hve-quesako/

[3] http://agriculture.gouv.fr/signes-de-qualite-0

Agriculture raisonnée

L’agriculture raisonnée[1] est un mode de production agricole dont le principal objectif est d’optimiser le résultat économique du producteur tout en maîtrisant les quantités d’intrants, en particulier les substances chimiques telles que les engrais ou autres produits phytosanitaires, afin de limiter au maximum leurs impacts négatifs sur l’environnement. On pourrait la qualifier de phase transitoire entre l’agriculture dite « conventionnelle » et l’agroécologie, le temps que les modèles économiques globaux et les professionnels s’adaptent.

Au niveau de la fertilisation, l’agriculture raisonnée a pour objectif d’adapter les apports en éléments fertilisants aux besoins réels des cultures en prenant en compte les éléments déjà présents dans le sol et l’objectif de rendement. Pour cela, un bilan azoté est nécessaire pour connaître la dose réelle d’azote à apporter.

Au niveau de la protection des cultures, elle permet de raisonner au mieux les apports de pesticides grâce à des seuils d’intervention, des pièges, des comptages sur le terrain ou encore des modèles de prévision ; dans le but de réduire au maximum les résidus de produits phytosanitaires dans le milieu naturel (eau, air, sol, produits alimentaires).

Ce mode de production nécessite donc un suivi régulier et systématique des cultures et des sols, afin de limiter les usages de produits phytosanitaires ou engrais au strict nécessaire.

En effet, grâce à l’agriculture raisonnée tout le monde s’y retrouve :

  • le producteur réduit ses dépenses liées aux produits phytosanitaires ou autres engrais. De plus, en apportant moins de substances chimiques, l’exploitant se trouve alors moins confronté à ces dernières. Il est alors moins en contact avec elles, ce qui lui permet d’être beaucoup moins exposé à leurs risques à court terme (allergies, intoxications, rougeurs…) mais aussi à plus long terme (risques de cancers en particulier).
  • le consommateur ne peut que mieux s’en porter car il dispose d’aliments moins chargés en résidus de substances chimiques le plus souvent très nocives pour la santé.
  • l’environnement est préservé car les intrants sont utilisés au plus juste.

En 1993, l’association FARRE[2] (Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement) a été à l’origine créer pour développer, coordonner et promouvoir au niveau national l’agriculture raisonnée.

Ce dispositif propose à tous les agriculteurs d’adhérer, sur une base volontaire, à une démarche de qualification portant sur une approche globale de leur exploitation.

Aujourd’hui toutes les forces vives de FARRE sont dédiées à l’association AGRIDEMAIN.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.agriculture-de-demain.fr/Agriculture_raisonnee/definition.html

[2] http://farre.org/

Agriculture biodynamique

L’agriculture biodynamique[1] est un mode d’agriculture biologique qui considère que des aliments de qualité ne peuvent être produits que sur une terre en pleine santé. Pour les tenants de ce type d’agriculture, l’utilisation massive de produits chimiques en agriculture pendant plusieurs décennies a appauvri la qualité des sols et des plantes. En favorisant une plus grande biodiversité des sols et en renforçant la santé des plantes, la biodynamie se veut être une agriculture durable par excellence.

En 1924, des agriculteurs et agronomes allemands inquiets de constater des phénomènes de dégénérescence sur les plantes cultivées, des pertes de fécondité dans leurs troupeaux ou l’emploi de substances chimiques de synthèse, firent appel à Rudolf Steiner. Philosophe et scientifique d’origine autrichienne, il est connu comme le fondateur d’un mouvement pédagogique et de diverses initiatives dans les domaines culturel, social et thérapeutique : l’anthroposophie. Il a défini les bases des techniques biodynamiques lors de son « Cours aux Agriculteurs ».

La biodynamie œuvre pour :

  • Nourrir la terre et les Hommes
  • Respecter le vivant, les rythmes et le terroir
  • Renforcer la vie du sol et la santé des plantes
  • Créer des domaines agricoles équilibrés

L’agriculture biodynamique est une méthode qui repose sur la recherche de l’équilibre de la culture avec son environnement immédiat et plus lointain. Les principes fondamentaux sont :

  • L’amélioration du sol et de la plante par des préparations issues de matières végétales (tisanes de prêle ou d’ortie…), animales (bouse de corne sur la vigne…) et minérales (quartz…) ;
  • L’application de ces préparations à des moments précis en fonction des cycles de végétation de la plante et en rapport avec le calendrier lunaire et planétaire ;
  • Le travail du sol par des labours et des griffages.

Plusieurs études mettent en évidence les effets positifs de la biodynamie, notamment réalisée sur plus de 20 ans par le FIBL l’Institut de recherche de l’agriculture biologique suisse[2], centre de recherche de référence en Europe.

Demeter est la marque internationale de certification de l’agriculture biodynamique. Elle garantit le respect des pratiques biodynamiques sur les domaines agricoles, ainsi que le respect de la qualité de ces produits lors de leur transformation. Les cahiers des charges Demeter pour la production agricole et pour la transformation des produits agricoles sont également plus stricts que le règlement bio européen (mixité des fermes interdites, CMS -cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques – interdits, moins d’intrants autorisés, cahier des charges pour la vinification plus strict…). Aujourd’hui, les cahiers des charges Demeter couvrent une gamme complète de produits : produits alimentaires, cosmétiques et textiles et la marque Demeter est présente dans 60 pays.

L’agriculture biodynamique a aussi de nombreux détracteurs qui lui reprochent son approche pseudo-scientifique[3] et son manque de rationalité. Face à ce mode de production et d’appréhension du monde je suggère d’avoir une attitude de bon scepticisme, en réalisant, par exemple, des tests concrets pour savoir si la méthode et les résultats obtenus sont satisfaisants pour vous.

Notons simplement que la biodynamie propose une vision globale, philosophique, du vivant et du monde qui nous entoure. C’est une approche qualifiée d’ésotérique qui est très éloignée d’une approche matérialiste ou « NPK »[4] de l’acte de production. Des divergences significatives et importantes sont logiquement observées. Les approches scientifiques poussées, de type physique quantique, seront sans doute à l’avenir, un pont entre ces deux conceptions du monde. En effet, la physique quantique tend à apporter des éléments de réponse et d’explication scientifique aux affirmations énoncées par cette agriculture que l’on pourrait qualifier de subtile.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.demeter.fr/biodynamie/

[2] https://www.fibl.org/fr/fr/page-accueil.html

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_biodynamique

[4] NPK pour azote, phosphore et potassium qui sont les engrais minéraux les plus utilisés

Agriculture écologiquement intensive

Pour l’agriculture écologiquement intensive (AEI), l’intensivité s’applique aux fonctionnalités écologiques, par leur amplification et la pleine intégration des écosystèmes. Il s’agit dès lors, non seulement, de tirer le meilleur parti possible des ressources naturelles, en s’assurant de leur pérennité, mais aussi de plus jouer sur la main d’œuvre que sur le capital. Une option qui fait sens dans la crise que traversent nos sociétés à fort taux de chômage. Mieux, l’agriculture écologiquement intensive pourrait, selon Michel Griffon[1], réconcilier producteurs et consommateurs, qui ont, aussi bien les uns que les autres, tout à gagner à envisager les conséquences globales de leurs pratiques, et non uniquement leurs intérêts individuels, tout en tenant compte d’enjeux fondamentaux tels que la faim dans le monde. Dans cette optique, l’auteur de « Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ? » n’exclue pas a priori les OGM, ni les biocarburants. L’essentiel consiste alors pour lui à toujours appréhender les systèmes dans leur globalité et leur complexité, sans chercher à imposer une solution universelle.

Dans son approche, l’économiste et agronome insiste sur la nécessité d’une intervention publique dans le domaine de l’écologie – définie comme le contrôle des milieux et des écosystèmes – car structurellement, ce type de secteur « où l’innovation n’est pas un objet de propriété intellectuelle » ne peut intéresser les firmes privées. De même, il faudrait une politique qui prenne en compte tous les aspects non alimentaires de l’agriculture, avec des « mécanismes équitables de répartition des charges et des bénéfices », en finançant et encourageant par exemple des « services environnementaux » rendus par les agriculteurs.

En résumé l’agriculture écologiquement intensive[2] désigne une agriculture, non plus intensive en produits chimiques, mais qui utilise au mieux le fonctionnement des écosystèmes sans altérer leur renouvellement. D’une certaine manière, c’est une agriculture qui fait confiance aux capacités productives naturelles du vivant. Il s’agit bel et bien d’une nouvelle orientation technique pour les agricultures, celle de l’utilisation de l’écologie scientifique comme base des raisonnements des modèles de cultures et d’élevages.

L’AEI s’illustre notamment via La Nouvelle agriculture[3]. Cette marque a été créée en avril 2017 par les agriculteurs adhérents à la coopérative Terrena. Elle propose quatre types de viandes : lapin, porc, poulet et bœuf commercialisés dans les grandes et moyennes surfaces de l’Hexagone.

Ces produits répondent à un cahier des charges basé sur une agriculture innovante, respectueuse du vivant et sur des agriculteurs capables d’élaborer des produits de qualité accessibles à tous pour une alimentation plus saine[4]. L’objectif de ces agriculteurs et de leur coopérative est de retisser un lien fort et direct avec les consommateurs.

Onze engagements rassemblent ces agriculteurs : éviter l’usage des antibiotiques, nourrir les animaux sans OGM, assurer une traçabilité du champ à l’assiette, respecter un cahier des charges pour le bien-être animal, introduire des aliments riches en oméga 3 grâce au partenariat avec Bleu Blanc Cœur, limiter les intrants chimiques, maîtriser les filières, préserver et développer la biodiversité, réduire les émissions de CO2, faire contrôler les élevages par un organisme indépendant, et enfin innover pour produire toujours mieux.

La démarche bénéficie de recherche et développement initiés en interne dans la dynamique d’agriculture écologiquement intensive et validée par des agriculteurs expérimentateurs « Sentinelles de la terre ». Les productions labellisées NA sont mieux rémunérés et bénéficient d’une communication efficace avec, entre autres, un affichage clair dans les rayonnages des grandes surfaces.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.agrobiosciences.org/agriculture-monde-rural-et-societe/Nos-selections/Lu-vu-entendu,65/article/qu-est-ce-que-l-agriculture-ecologiquement-intensive-note-de-lecture#.WWYgbYjyi00

[2] « Qu’est-ce que l’agriculture écologiquement intensive ? » Michel Griffon, Editions Quae, 2013, 224 p

[3] http://www.web-agri.fr/actualite-agricole/economie-social/article/la-marque-des-agriculteurs-de-l-ouest-engages-a-produire-mieux-1142-132267.html

[4] https://www.lanouvelleagriculture.coop/content/pour-la-vie-pour-lavenir

Agroforesterie

L’agroforesterie[1] désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ.

L’agroforesterie vise à :

  • Diversifier la production des parcelles
  • Restaurer la fertilité du sol
  • Garantir la qualité et la quantité d’eau
  • Améliorer les niveaux de biodiversité et reconstituer une trame écologique
  • Stocker du carbone pour lutter contre le changement climatique

Ces pratiques comprennent les systèmes agro-sylvicoles mais aussi sylvopastoraux, les pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers).

Il existe une grande diversité de systèmes agroforestiers[2]. En effet, les combinaisons sont nombreuses entre les pratiques agricoles, les pratiques sur les arbres, les échelles considérées (Parmi toutes les combinaisons, les associations arbres – productions agricoles sont le plus souvent simultanées. C’est le cas des parcelles complantées (grandes cultures sous peupliers ou noyers, prés-vergers), des surfaces sylvopastorales (prés-bois, forêts pâturées, pré-vergers), des cultures étagées, des alignements d’arbres, haies et ripisylves en bordure de parcelles agricoles, des bocages… Mais il peut aussi s’agir d’associations dans le temps avec une production agricole et une végétation ligneuse qui se succèdent (cultures sur abattis-brûlis, taillis à courte rotation).

Pour Ernst Zürcher, forestier suisse et auteur de « Les arbres entre visible et invisible » le principe de la sylviculture durable[3] proche de la nature suit le « rendement soutenu », c’est-à-dire ne dépassant pas l’accroissement courant sur le long terme. Cela consiste concrètement à activer le capital et récolter l’intérêt.

En clair, le volume de bois exploité chaque année dans une forêt donnée, composée de différents peuplements, ne dépasse pas le niveau de l’accroissement moyen du massif pris dans son ensemble. Le prélèvement lui-même a pour effet d’activer la formation de bois chez les arbres restants, dans la mesure où il accorde davantage de lumière à leurs couronnes et empêche le peuplement d’entrée dans son stade sénescent final, nettement moins productif.

Dans sa réflexion sur la forêt en tant qu’organisme et sur le principe de sa gestion durable, le forestier Rolf Henning constate : « L’Homme ne se trouve donc pas ici face au biosystème ou à l’écosystème forêt mais il constitue plutôt lui-même un maillon fonctionnel de ce système, puisqu’il intervient directement dans les processus naturels. D’une part, il assure des fonctions qui, dans le cas de forêts vierges, c’est-à-dire sans intervention humaine, reviendrait à d’autres acteurs organiques tels que les champignons ou insectes ravageurs, et abiotiques tels que les tempêtes ou incendies. D’autre part, il bénéficie du rendement économique de ce qui, sinon, serait prélevé ou détruit par ces autres acteurs fonctionnels ».

Une forêt gérée selon la compréhension et le respect des lois de la nature se caractérise par :

  • Des sols riches en matière organique (carbone) ;
  • Une biodiversité élevée ;
  • Une aptitude à stocker et purifier l’eau ;
  • Une grande résilience face aux extrêmes climatiques ;
  • Le non-recours aux engrais minéraux de synthèse ;
  • Le fait de se passer entièrement de biocides ;
  • L’absence de labour mécanique.

Ernst Zürcher affirme que le point culminant de la diversité ornithologique et en espèces végétales allait de pair avec le paysage bocager ouvert extensif de l’ère préindustrielle – dans lequel de nombreuses espèces venant du sud et de l’est avaient pu trouver des niches écologiques -, et ne dépendait pas du stade bien antérieur des forêts climaciques relativement fermées qui couvraient l’Europe avant le début des défrichements. Il ressort de ces faits que certaines formes de gestions actives de la nature par l’Homme – à but de production – ont eu, dans certaines conditions, l’effet paradoxal non de l’appauvrir, mais d’en augmenter la biodiversité. En ce sens, le dualisme « écologie-économie » ou « nature-culture », ou encore « réserve naturelles intégrales-zones agro-industrielles intensives » doit être remis en question et dépassé. De multiples exemples l’ont démontré : l’Homme n’a pas fatalement un impact destructeur sur la nature – il est aussi capable de s’y insérer et d’y agir dans une sorte de « partenariat » constructif et dynamisant à condition d’en avoir compris les principes de fonctionnement et d’en tenir compte.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.agroforesterie.fr/definition-agroforesterie.php

[2] https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/agroforesterie/

[3] Ernst Zürcher « Les arbres entre visible et invisible », Actes Sud, 2016, 283 p.

Agroécologie

L’agroécologie est l’alliance de l’agronomie et de l’écologie, destinée à faire évoluer les modèles agricoles et qui répond à une triple ambition : environnementale, économique et sociale[1].

La Loi d’Avenir pour l’Agriculture[2] définit les systèmes agroécologiques de la façon suivante : « Ces systèmes privilégient l’autonomie des exploitations agricoles et l’amélioration de leur compétitivité, en maintenant ou en augmentant la rentabilité économique, en améliorant la valeur ajoutée des productions et en réduisant la consommation d’énergie, d’eau, d’engrais, de produits phytopharmaceutiques et de médicaments vétérinaires, en particulier les antibiotiques. Ils sont fondés sur les interactions biologiques et l’utilisation des services écosystémiques et des potentiels offerts par les ressources naturelles, en particulier les ressources en eau, la biodiversité, la photosynthèse, sols et l’air, en maintenant leur capacité de renouvellement du point de vue qualitatif et quantitatif. Ils contribuent à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changement climatique. »

C’est une vision ambitieuse fondée sur le lien au sol[3], le bas niveau d’intrants (fertilisants, pesticides, eau, énergie, antibiotiques, aliments pour bétails achetés), et des produits de terroir authentiques. S’il n’y a donc pas d’uniformité en matière d’agroécologie parce que chaque exploitation est unique, toutes respectent des principes communs et liés entre eux :

  • être rentable : l’étude de l’application des principes de l’agroécologie montre une augmentation significative de la marge nette des exploitations et donc du revenu disponible pour les agriculteurs ;
  • être économe en ressources, notamment en intrants : les intrants externes représentent en moyenne, pour un agriculteur, une dépense de 50 à 60 % du chiffre d’affaires ; les réduire c’est donc aussi assurer une meilleure indépendance financière à son exploitation ;
  • être plus autonome : notamment en étant plus diversifié, en recyclant les ressources produites sur la ferme (comme les effluents ou les résidus de culture utilisés pour maintenir et augmenter la fertilité des sols), ou en cultivant soi-même les aliments nécessaires à l’alimentation des troupeaux ;
  • être moins polluante : en limitant les besoins de fertilisation et de traitement et en favorisant la biodiversité avec des variétés et des races adaptées aux territoires, avec des pratiques respectueuses de la qualité des sols, de l’air, de la faune et de la flore, avec le retour des haies, des bosquets et des mares, etc.

Les agro-systèmes durables s’inspirent largement de ces mécanismes de régulation écologique qui sont capables d’ajuster spontanément leur action à l’intensité de la dérive ou de la perturbation. C’est d’ailleurs parce que le bocage n’est pas fondamentalement éloigné de la forêt climax[4] que cet agro-système est stable et n’impose pas sa protection chimique systématique[5].

L’agroécologie est une véritable lame de fond. Elle peut être présentée comme un retour à la véritable agronomie, celle qui débute par un sol vivant et se répercute sur l’ensemble de l’écosystème de l’exploitation agricole.

L’avenir nous dira si les pratiques agroécologiques, sorte de troisième voie entre l’agriculture conventionnelle ‘NPK’[6] reliquat des années 70 et l’agriculture biologique s’interdisant la chimie de synthèse s’imposera dans le paysage agricole.

Deux associations d’agriculteurs promeuvent l’agroécologie activement en France. Il s’agit de BASE (Biodiversité, Agriculture, Sol et Environnement) et de l’APAD (Association pour la Promotion d‘une Agriculture Durable.)

BASE[7] se présente comme un réseau d’échange entre agriculteurs, et techniciens innovants, qui mettent en œuvre l’agriculture de conservation des sols.

L’APAD[8] réunit 500 agriculteurs et techniciens, qui échangent et expérimentent au sein de 10 collectifs régionaux et une association nationale, pour développer une 3ème voie agricole basée sur la protection des sols : l’Agriculture de Conservation des Sols

Celle-ci place le sol au cœur du système de production et s’appuie sur 3 piliers complémentaires :

1 / Couverture végétale permanente du sol ;

2 / Semis sans travail du sol ;

3 / Diversité et rotation des cultures.

Les associations Arbre et Paysage 32, ou encore Maraîchage Sol Vivant (MSV) sont également des fers de lance de cette dynamique qui implique et regroupe de plus en plus d’agriculteurs.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] https://blog.deloitte.fr/l-agro-ecologie-un-nouveau-contrat-entre-l-agriculture-et-la-societe/

[2] Art. L. A.-II Loi d’Avenir pour l’Agriculture, octobre 2014

[3] Agrologie : étude scientifique des terres cultivables

[4] Le climax désigne un état de stabilité abouti, quasi synonyme d’apogée

[5] « De l’exploitation agricole à l’agriculture durable » Lionel Vilain, Educagri Editions, 1999, 155 pages

[6] NPK pour azote, phosphore et potasse : les 3 engrais minéraux les plus importants

[7] https://asso-base.fr/

[8] https://www.apad.asso.fr/

Agriculture biologique

Depuis les années 1920/1930, des courants de réflexion sur une agriculture respectueuse de l’environnement existent en Europe. En France, les premiers cahiers des charges sur l’agriculture biologique (AB) apparaissent en 1972. La création du premier cahier des charges français unifié date de 1991 et la création du premier cahier des charges européens de 2009.

Le grand principe[1] de l’AB est de respecter le lien sol/plante/animal en interdisant l’utilisation d’intrants d’origine non naturelle (pesticides, engrais chimiques, OGM). Les produits phytosanitaires d’origine naturelle et les métaux sont, quant à eux, autorisés. Ce principe oblige donc à revoir l’ensemble du système de l’exploitation pour maîtriser le salissement des cultures et améliorer le bien-être animal entre autres.

L’objectif principal est de garantir une production qui soit respectueuse de l’environnement tout en rémunérant suffisamment les producteurs. La non utilisation de produits chimiques a également pour but de préserver la santé du producteur et de garantir des produits plus sains pour le consommateur. L’autre objectif de ce type d’agriculture est de pousser le producteur à être le plus autonome possible en réduisant au maximum ses charges opérationnelles.

Pour être considéré agriculteur « bio »[2], une période de conversion de 2 ans minimum est nécessaire durant laquelle l’agriculteur doit respecter le cahier des charges sans pouvoir valoriser ses produits en AB.

Aujourd’hui, un cahier des charges européen est en vigueur. Des contrôles annuels, réalisés par des organismes de certifications indépendants, garantissent la labellisation de chacun des producteurs et opérateurs de la filière. Certains opérateurs économiques peuvent aller plus loin en imposant que l’origine des intrants soit d’origine française ou régionale.

Une initiative se démarque dans le paysage du bio : Nature & Progrès[3]. C’est une association de consommateurs et de professionnels unis par l’ambition de défendre une agriculture biologique :

  • respectueuse des Hommes, des animaux, des plantes et de la planète.
  • biodiversifiée capable de satisfaire le plaisir des saveurs et de garantir la santé.
  • qui préserve le tissu rural et le métier de paysan en le revalorisant.
  • qui soutient les savoir-faire et les semences paysannes.
  • éthique et rigoureuse, sans complaisance avec l’économie de marché.

Source :« Manager une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.agencebio.org/quest-ce-que-la-bio

[2] http://agriculture.gouv.fr/lagriculture-biologique-1

[3] http://www.natureetprogres.org/nature_et_progres/natureetprogres.html