Agroforesterie

L’agroforesterie[1] désigne les pratiques, nouvelles ou historiques, associant arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ.

L’agroforesterie vise à :

  • Diversifier la production des parcelles
  • Restaurer la fertilité du sol
  • Garantir la qualité et la quantité d’eau
  • Améliorer les niveaux de biodiversité et reconstituer une trame écologique
  • Stocker du carbone pour lutter contre le changement climatique

Ces pratiques comprennent les systèmes agro-sylvicoles mais aussi sylvopastoraux, les pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers).

Il existe une grande diversité de systèmes agroforestiers[2]. En effet, les combinaisons sont nombreuses entre les pratiques agricoles, les pratiques sur les arbres, les échelles considérées (Parmi toutes les combinaisons, les associations arbres – productions agricoles sont le plus souvent simultanées. C’est le cas des parcelles complantées (grandes cultures sous peupliers ou noyers, prés-vergers), des surfaces sylvopastorales (prés-bois, forêts pâturées, pré-vergers), des cultures étagées, des alignements d’arbres, haies et ripisylves en bordure de parcelles agricoles, des bocages… Mais il peut aussi s’agir d’associations dans le temps avec une production agricole et une végétation ligneuse qui se succèdent (cultures sur abattis-brûlis, taillis à courte rotation).

Pour Ernst Zürcher, forestier suisse et auteur de « Les arbres entre visible et invisible » le principe de la sylviculture durable[3] proche de la nature suit le « rendement soutenu », c’est-à-dire ne dépassant pas l’accroissement courant sur le long terme. Cela consiste concrètement à activer le capital et récolter l’intérêt.

En clair, le volume de bois exploité chaque année dans une forêt donnée, composée de différents peuplements, ne dépasse pas le niveau de l’accroissement moyen du massif pris dans son ensemble. Le prélèvement lui-même a pour effet d’activer la formation de bois chez les arbres restants, dans la mesure où il accorde davantage de lumière à leurs couronnes et empêche le peuplement d’entrée dans son stade sénescent final, nettement moins productif.

Dans sa réflexion sur la forêt en tant qu’organisme et sur le principe de sa gestion durable, le forestier Rolf Henning constate : « L’Homme ne se trouve donc pas ici face au biosystème ou à l’écosystème forêt mais il constitue plutôt lui-même un maillon fonctionnel de ce système, puisqu’il intervient directement dans les processus naturels. D’une part, il assure des fonctions qui, dans le cas de forêts vierges, c’est-à-dire sans intervention humaine, reviendrait à d’autres acteurs organiques tels que les champignons ou insectes ravageurs, et abiotiques tels que les tempêtes ou incendies. D’autre part, il bénéficie du rendement économique de ce qui, sinon, serait prélevé ou détruit par ces autres acteurs fonctionnels ».

Une forêt gérée selon la compréhension et le respect des lois de la nature se caractérise par :

  • Des sols riches en matière organique (carbone) ;
  • Une biodiversité élevée ;
  • Une aptitude à stocker et purifier l’eau ;
  • Une grande résilience face aux extrêmes climatiques ;
  • Le non-recours aux engrais minéraux de synthèse ;
  • Le fait de se passer entièrement de biocides ;
  • L’absence de labour mécanique.

Ernst Zürcher affirme que le point culminant de la diversité ornithologique et en espèces végétales allait de pair avec le paysage bocager ouvert extensif de l’ère préindustrielle – dans lequel de nombreuses espèces venant du sud et de l’est avaient pu trouver des niches écologiques -, et ne dépendait pas du stade bien antérieur des forêts climaciques relativement fermées qui couvraient l’Europe avant le début des défrichements. Il ressort de ces faits que certaines formes de gestions actives de la nature par l’Homme – à but de production – ont eu, dans certaines conditions, l’effet paradoxal non de l’appauvrir, mais d’en augmenter la biodiversité. En ce sens, le dualisme « écologie-économie » ou « nature-culture », ou encore « réserve naturelles intégrales-zones agro-industrielles intensives » doit être remis en question et dépassé. De multiples exemples l’ont démontré : l’Homme n’a pas fatalement un impact destructeur sur la nature – il est aussi capable de s’y insérer et d’y agir dans une sorte de « partenariat » constructif et dynamisant à condition d’en avoir compris les principes de fonctionnement et d’en tenir compte.

Source :« Manger une entreprise agricole durable » Editions France Agricole, février 2019

Livre accessible sur le site de la France Agricole, suivez ce lien.


[1] http://www.agroforesterie.fr/definition-agroforesterie.php

[2] https://dicoagroecologie.fr/encyclopedie/agroforesterie/

[3] Ernst Zürcher « Les arbres entre visible et invisible », Actes Sud, 2016, 283 p.